La détente engagée à la mi-juin s’est arrêtée net.
De nouvelles frappes entre les États-Unis et l’Iran dans le détroit d’Ormuz ce week-end ont fait nettement repartir les prix du gaz à la hausse, avec un prix du mois d’août en hausse marquée de plus de 11 %. Du côté de l’électricité, une nouvelle vague de chaleur est annoncée pour les prochains jours et pousse les prix d’été nettement plus haut :
🌍 Contexte international
💲Macroéconomie & 🌐Géopolitique :
Sur le plan géopolitique, l’accalmie observée après l’accord de détente entre les États-Unis et l’Iran s’est révélée de courte durée : de nouvelles frappes américaines contre des cibles iraniennes le week-end du 27 et 28 juin, suivies de représailles de Téhéran, ont ravivé les tensions au Moyen-Orient et fragilisé un accord qui n’avait jamais réellement été mis en œuvre.
Si le détroit d’Ormuz demeure ouvert, le trafic maritime reste très inférieur à son niveau habituel (32 % de son volume d’avant-crise, soit 27 navires par jour contre 84 habituellement) et les coûts d’assurance continuent de peser sur les échanges, entretenant une prime de risque sur les marchés de l’énergie. Des assureurs spécialisés évoquent encore environ deux mois pour le seul déminage du détroit et jusqu’à quatre mois pour un retour à la normale du trafic.
En parallèle, l’OPEP+ a confirmé une nouvelle augmentation de sa production de 188 000 barils par jour pour le mois d’août, contribuant à maintenir une offre mondiale de pétrole abondante et à limiter les tensions sur les cours du brut.
Sur le plan macroéconomique, les marchés ont également été guidés par les banques centrales réunies au forum de la BCE à Sintra (30 juin-1er juillet). La prudence affichée par la Réserve fédérale américaine, combinée à des créations d’emplois nettement inférieures aux attentes aux États-Unis (57 000 créations de postes) et à une inflation plus faible que prévue en zone euro (2,8 % contre 3,2 % en mai), a permis à l’euro de progresser légèrement face au dollar, à 1,144 $, en légère hausse de 0,4 %.
Cette appréciation de la monnaie européenne réduit le coût des matières premières importées et atténue, pour les acheteurs européens, l’impact des hausses de prix exprimées en dollars.
🔥 Gaz naturel
📈+4,7 % sur les prix de 2027 et 📈+11,1 % sur le contrat d’août 2026.
Les prix du gaz européen repartent nettement à la hausse sur les échéances les plus proches, tandis que les contrats de long terme évoluent beaucoup plus modérément.
Le contrat PEG d’août progresse fortement (+11,1 %), porté par une combinaison de facteurs conjoncturels : le regain de tensions autour du détroit d’Ormuz, une canicule qui accroît la consommation de gaz pour la production d’électricité et une nouvelle dégradation de l’offre mondiale de GNL. L’explosion survenue lors de la remise en service du complexe qatari de Ras Laffan, qui représente près de 20 % de l’offre mondiale de GNL, prolonge les contraintes d’approvisionnement et renforce les tensions sur le marché.
En Europe, les importations de GNL ont fortement reculé, les volumes regazéifiés tombant à leur plus bas niveau depuis vingt mois (en recul de 26 % sur sept jours), les cargaisons étant redirigées vers l’Asie où les prix sont plus attractifs. Les flux norvégiens restent en revanche stables.
Malgré ces difficultés, les stocks européens poursuivent leur reconstitution et atteignent 49,5 % de leur capacité (49,7 % en France), mais demeurent sensiblement inférieurs à la moyenne saisonnière d’environ 61 %. Ce retard est accentué par une structure de marché inhabituelle, où le gaz d’été s’échange à un prix supérieur à celui de l’hiver, réduisant l’intérêt économique de remplir les stockages dès aujourd’hui.
La détente observée la semaine précédente a ainsi été largement effacée, rappelant que les fondamentaux du marché gazier restent particulièrement fragiles à l’approche de l’hiver.
⚡ Electricité
📈+3,6 % sur les prix de 2027 et 📈+27,3 % sur le contrat d’août 2026.
L’électricité est le marché qui enregistre la plus forte progression cette semaine, en particulier sur les échéances estivales. Le contrat français pour livraison en août bondit fortement, alors que les prix de 2027 ne progressent que modérément, signe que les marchés anticipent avant tout des tensions sur l’été plutôt qu’une dégradation durable des fondamentaux.
Cette hausse s’explique par la combinaison de plusieurs facteurs. La canicule a temporairement réduit la disponibilité du parc nucléaire français, avec près de 6 GW de capacité indisponibles lorsque les températures élevées des fleuves ont imposé des limitations de production sur plusieurs centrales. Si la disponibilité est depuis remontée à environ 44 GW grâce au retour de températures plus modérées, une nouvelle vague de chaleur est déjà annoncée pour la première quinzaine de juillet, alimentant les inquiétudes des marchés.
Parallèlement, la hausse des prix du gaz renchérit directement le coût de l’électricité. Lors des périodes de forte demande liée à la climatisation et lorsque la production nucléaire ou hydraulique est contrainte, les centrales à gaz sont davantage sollicitées pour équilibrer le réseau. Comme leur coût de production détermine le prix de marché de l’électricité, les tensions sur le gaz se répercutent rapidement sur les prix électriques. Les interconnexions avec des pays au mix plus carboné, comme l’Allemagne ou l’Italie, renforcent également cette sensibilité.
Enfin, la confirmation par les autorités météorologiques du retour d’un épisode El Niño pour les prochains mois entretient une prime de risque supplémentaire sur les prix de l’été, même si son impact effectif sur les conditions météorologiques européennes reste encore incertain.




